Loi SAPIN – recul sur l’Art 43

Emmanuel Macron renonce à brusquer les artisans de France

Matignon, l’Élysée et les députés socialistes ont convaincu le ministre de l’Economie d’accepter un équilibre avec les artisans de France.

La crispation des artisans deS a été entendue. Emmanuel Macron a lui-même annoncé, en séance à l’Assemblée nationale, qu’il retirait l’alinéa 8 de l’article 43 de la loi Sapin Il qui voulait favoriser une forme d’ uberisation » de l’artisanat en détachant du corps des métiers des tâches plus simples (petits travaux de peinture, nettoyage de murs, lavage de voitures…).

Le ministre de l’Economie avait dans l’idée de favoriser, voire de légaliser des offres « multiservices » de petits bricolages afin de favoriser l’emploi chez les personnes peu qualifiées. Emmanuel Macron souhaitait ainsi reconnaître l’initiative économique et régulariser, du reste, certaines activités qui se sont développées en marge de certains métiers, telle l’onglerie (10 000 entreprises en France, hors du cadre légal du métier d’esthéticien). Une intention louable mais qui a suscité le tollé chez les centaines de milliers d’artisans de France, inquiets de voir leur métier concurrencé, voire « dégradé ».
Emmanuel Macron était assez isolé au sein de sa famille politique: les députés PS se méfiaient d’une mesure qui risquait de braquer un ensemble de professions en contact fréquent avec les électeurs et d’exposer ces respectables professionnels à une concurrence jugée déloyale. Sensibilisé par la Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment), Michel Sapin lui-même n’avait pas eu la volonté de s’aventurer sur ce terrain, tout comme les conseillers de Manuel Valis à Matignon. Â l’Élysée, François Hollande veillait, quant à lui, à ce qu’Emmanuel Macron ne soit pas humilié par un rejet de son article en séance àl’Assemblée nationale.
« Uberiser » ou non les artisans?

Au bout du compte, l’exécutif et les rapporteurs du texte sont parvenus à un équilibre avec le ministre de l’Économie. L’article 43 est conservé en ce qui concerne la reconnaissance plus aisée des acquis de l’expérience. On permettra également une certaine interopérabilité entre certains métiers de l’artisanat : un plombier pourra faire un peu de plâterie de manière connexe pour boucher un trou, et réciproquement…

A ce stade, le débat de fond n’est pas tranché clairement : faut-il « uberiser» l’artisanat pour favoriser l’accès à l’emploi, comme le suggère Emmanuei Macron, ou faut-ii investir davantage dans la formation post-scoiaire pour amener les personnes peu qualifiées à acquérir un métier de qualité? Un excellent débat pour la campagne présidentielle. Emmanuel Macron, candidat ou pas, aura sans doute à coeur d’y revenir…